Question d'actualité au gouvernement de David ASSOULINE
Séance du jeudi 16 juin, à 15h
Lors de ses vœux aux corps constitués, en janvier dernier, le chef de l'Etat s'engageait à ce que le projet qui allait devenir la loi Fillon mobilisât " l'ensemble de la communauté éducative, mais aussi les parents et l'Etat tout entier, parce que c'est l'avenir de notre pays qui est en jeu ".
Cette loi a en effet mobilisé beaucoup de nos concitoyens, mais contre elle ! Car elle a été délibéré dans l'urgence y compris parlementaire, ce dont votre gouvernement est apparemment conscient puisque, à peine installé rue de Grenelle, M. de Robien annonçait le report de l'examen des textes d'application pour permettre, je le cite, " un deuxième tour de concertation ".
Mais M. le Premier ministre, si second tour il doit y avoir, quand a eu lieu le premier ?
Certainement pas dans les prétoires des tribunaux correctionnels de ce pays qui ont vu et voient encore défiler des jeunes gens comme Samuel Morville, qui ont manifesté publiquement leur désapprobation à l'égard d'un texte que le Gouvernement se refusait d'amender dans le dialogue !
Vous pouvez me répondre que certains ont été trop loin, oubliant que d'autres peuvent saccager le bureau d'une ministre sans être inquiétés. Mais souvenez-vous, vous étiez Ministre de l'Intérieur, quand ce mouvement lycéen avait choisi la manifestation de masse, pacifique et bon enfant, le 8 mars à Paris, et qu'ils ont été agressés avec une extrême violence par des bandes de plusieurs centaines de "cogneurs", sans que les forces de l'ordre présentes en nombre n'aient su les protéger et garantir leur droit républicain de manifester. On s'en réjouissait à droite, contente que ce mouvement ascendant soit brisé.
Qu'avez-vous fait pour arrêter et punir ces cogneurs ? Votre majorité n'est-elle pas prête à étouffer la vérité et empêcher la transparence, en bloquant notre demande de commission d'enquête parlementaire, invoquant 4 mois après, des informations judiciaires inexistantes ?
Ces jeunes lycéens ont donc été poussés à choisir d'autres moyens d'action, éclatés, spectaculaires, pour rester visibles et pour amener le gouvernement à la négociation que vous reconnaissez utile aujourd'hui. Ils ne doivent pas faire les frais d'une situation dont vous admettez une part de responsabilité.
Etes-vous prêt, et ce serait à votre honneur de le faire, à vous déclarer sollennellement, sans interférer sur le cours indépendant de la justice, contre la "criminalisation" de ces jeunes ?
C'est un message fort que je vous demande d'adresser à un jeune lycéen de ce pays, qui pour la première fois s'est occupé des affaires de la cité en participant à un mouvement collectif, animé de générosité mais aussi d'angoisse pour son avenir, quand d'autres s'occupent trop souvent que de leurs petits "business". Il s'est fait cogné par des voyous devant des forces de l'ordre inertes quand il manifestait pacifiquement, il s'est fait matraqué par des policiers quand il faisait un sit-in, et il constate que ses copains se font lourdement condamner, pas parce qu'ils ont dépouillé, massacré, humilié, matraqué, mais parce qu'ils sont accusés d'avoir été trop loin quand ils étaient dos au mur.
Dites-lui que l'Etat et la société ne lui claquent pas la porte au nez.