Nous devons garantir la liberté de manifester

Interview de David Assouline, Libération, par Charlotte Rotman.

 

David Assouline, sénateur PS, pour une enquête sur le défilé lycéen du 8 mars
Cette semaine, un appel rassemblant magistrats, enseignants et élus de gauche demandait à ce que la lumière soit faite sur les violences qui se sont déroulées lors de la manifestation des  lycéens du 8 mars (Libération du 4 avril). Aucune information judiciaire n'a, pour l'instant, été ouverte sur ces faits. Aujourd'hui, les socialistes Christophe Caresche, à l'Assemblée, et David  Assouline, au Sénat, vont demander la mise en place d'une commission d'enquête sur le sujet.
David Assouline s'en explique.


Que demandez-vous ?
Nous appelons à la transparence. Nous soumettons une proposition de résolution d'une commission d'enquête parlementaire. Nous voulons des réponses : quel a été l'enchaînement des faits? Quelle a été la réalité des agressions commises ? Quel est le nombre exact des victimes ? Nous voulons savoir s'il y avait, oui ou non, un climat raciste autour de ces violences. S'il y a eu des défaillances dans l'organisation du dispositif de sécurité publique : sur le renseignement et la prévention, mais également au moment de la manifestation en ce qui concerne la protection des manifestants.


Pourquoi une telle démarche ?
Tout le monde a été frappé par ces violences. Le soir, les journaux télévisés ne parlaient que de cela et plus de l'objet même de la manifestation des lycéens. Beaucoup de jeunes, qui n'étaient pas des militants, sont ensuite restés chez eux et n'étaient plus disposés à manifester  pacifiquement. La manifestation elle-même n'a pas pu avoir lieu jusqu'au bout. Le phénomène n'est pas vraiment semblable à ceux que l'on connaissait. Il y avait eu des violences dans les années 1980, mais là, des jeunes du cortège ont été pris individuellement pour être dépouillés et tapés, et cela c'est nouveau. Face à cette ampleur et à cette confusion, chacun a son interprétation. Or nous avons besoin de comprendre et de savoir exactement ce qui s'est passé. Et nous devons garantir la liberté de manifester.
(...) Après le Zorro Sarkozy qui a clamé la baisse des violences, dont les premières victimes sont les jeunes des quartiers populaires, on voit que le délitement social se poursuit. Il nous faut affronter ces questions. Sinon la loi du plus fort, le racisme, vont empêcher toute réaction et nous enfermer dans des discours et des politiques sécuritaires que la droite préconise. Il nous faut une démarche de vérité, nous ne nous plaçons pas dans une position d'"excuseur", ni d'accusateur.

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