Communiqué de presse du PS sur la doctrine nucléaire française

Dans un discours sur la dissuasion nucléaire prononcé jeudi 19 janvier, à l'île Longue, base de la Force océanique stratégique, Jacques Chirac souligne que la France se réserve le droit de recourir à une frappe limitée pour un « ultime avertissement »...

Sur proposition de David Assouline, Secrétaire National à la Défense, communiqué de presse adopté par le bureau national du PS en réaction au discours du Président de la République  sur la dissuasion nucléaire française 24 janvier 2006

 

 Jacques CHIRAC, dans son rôle de chef des Armées, a présenté son allocution de l’île Longue comme une « adaptation » de la doctrine nucléaire française à la réalité actuelle et changeante du monde. Il a ainsi réaffirmé les principes de notre doctrine nucléaire qui font l’objet d’un large consensus politique dans notre pays. Les armes nucléaires sont des armes uniquement de dissuasion et n’ont pas vocation à être utilisées dans le cadre d’un conflit militaire. Elles constituent un recours ultime pour la survie et la sauvegarde des intérêts vitaux du pays et de ses alliés européens notamment.

Les principales évolutions stratégiques liées à l’évolution du monde de l’après-guerre froide ont d’ailleurs été décidées sous la présidence de François MITTERRAND : désarmement unilatéral dans le sens « d’une stricte suffisance », suppression des armes préstratégiques de faible portée, modernisation des équipements avec la fabrication de 4 nouveaux sous-marins nucléaires et la création de nouveaux missiles. Par ses évolutions, la force de dissuasion française est aujourd’hui en capacité de répondre à de nombreux scénarii de crise.

L’évolution notable dans le discours du Président de la République concerne la menace terroriste. Cette menace ne peut pas être minimisée. Le risque de voir des Etats, au mépris des traités internationaux, ou même des groupes terroristes, se doter de l’arme nucléaire est réel. La France, comme les instances internationales, doit donc tout mettre en œuvre pour lutter contre ce danger.

Malheureusement, la réponse apportée par le chef de l’Etat n’est pas adaptée.

L’utilisation des armes nucléaires de manière préventive contre des Etats qui envisageraient d’utiliser des méthodes terroristes et des armes de destructions massives, laisse craindre une dérive de la doctrine nucléaire française.

La possession de l’arme nucléaire et la menace déterminée et convaincante de son utilisation constitue une dissuasion dont le but est d’éviter tout conflit militaire. Son utilisation est l’acte ultime après l’échec de la dissuasion, non un pallier de plus de celle-ci, d’autant que nul ne sait où peut s’arrêter un conflit impliquant l’utilisation d’armes nucléaires.

La dérive - que constitue l’affaiblissement du seuil de tolérance de l’utilisation des armes nucléaires et la perspective de ripostes graduées - induite par l’intervention de l’île Longue, risque de décrédibiliser notre politique internationale de non-prolifération en banalisant la surenchère nucléaire.

Les nécessaires clarification et adaptation de la doctrine nucléaire française dans un monde changeant ne peuvent pas masquer un changement de doctrine. Elles auraient mérité moins d’ambiguïté, et une réponse en dehors de toute dramatisation liée au contexte international actuel.

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